L’esclavagisme moderne version Accor

 

Ghyslaine et dominique sont au bout du rouleau. Depuis juillet, le couple gère l’hôtel Formule 1 de Gennevilliers.

Ils travaillent à tour de rôle de 6 heures à 22 heures, 5 jours sur 7 ; les week-ends n’existent plus et ils n’ont pris qu’une petite semaine de vacances. Et ce pour la modique somme de 3000 francs par mois. Avant de se lancer dans l’hôtellerie, ils exerçaient un tout autre métier. Dominique était technicien pour Canal Satellite et Ghyslaine travaillait dans une station service Fina. C’est l’envie de travailler ensemble et de monter une affaire, qui les a décidés.

En mai 1998, ils répondent à une annonce du groupe Accor : " recherche couple pour tenir hôtel Formule1 ou Etap Hôtel ". Quelques entretiens Téléphoniques, des tests psychologiques , six semaines de formation et lés voilà lancés. Accor a mis sur pied un montage juridique des plus pervers. Au lieu de salarier le personnel, il signe un contrat de gérance, qui passe par la création d’une SARL. Le groupe verse une commission de 20 % sur le chiffre d’affaires de l’hôtel.

Problèmes d’insécurité

Avec cet argent, les gérants assurent la gestion complète de leur établissement : paiement des salaires et des charges sociale, entretien du parking et la sécurité. " Sur 7mois d’activité, Accor a encaissé 850 000 francs net de bénéfices et nous, nous avons déjà attaqué notre capital ", s’insurge Dominique. Un système des plus lucratifs pour le géant de l’hôtellerie. Pendant ce temps, les deux époux s’épuisent : " on en arrive à être agressifs l’un envers l’autre, c’est de l’esclavage. Nous avons mangé toutes nos économies ". Au-delà des difficultés économiques et des conditions de travail, Ghyslaine et Dominique subissent au quotidien des problèmes d’insécurité. " Tous les soirs, c’est l’angoisse ", raconte Dominique . Lorsqu’ils ont accepté de prendre la direction de l’hôtel, Accor leur avait promis de mettre en place un système de sécurité performant . Au jour d’aujourd’hui, aucun des travaux n’a été réalisé. Il ne se passe pas une semaine sans qu’il ait une intervention de police.  " Samedi soir, on a fait expulser des clients, qui avaient enfumé l’hôtel. La semaine dernière, le vigile a été menacé à l’arme blanche. Gennevilliers, c’est une véritable plaque tournante. Nous avons dù aussi alerter la mairie pour qu’elle fasse pression sur Accor, qui ne met toujours pas en conformité la sécurité incendie. " Le couple s’en veut de s’être lancé dans cette aventure.  " On nous a fait miroiter de belles perspectives d’évolution ", justifie Dominique. " Mais à aucun moment on n’a de prise sur les décisions. En fait, nous sommes salariés sans en avoir les avantages. " Leur espoir : une victoire aux Prud’hommes en avril.

 

Plusieurs fois condamné

Comment l’une des plus grandes entreprises française a mis en place un montage des plus machiavélique " lance Cyril R. avocat en droit social. Le 19 avril dernier (2000) à Paris et le 28 septembre à Evry une cinquantaine de gérants (25 établissements Formule1), ont gagné en première instance au conseil des prud’hommes face au géant de l’hôtellerie, Accor, ils ont obtenu la requalification de leur contrat commercial en contrat de travail. " Ces gens ne sont pas de véritables commerçants mais des salariés déguisés ", explique leur avocat. Résultats, tous les droits attachés au contrat de travail sont reconnus : salaire, heures supplémentaires, travail de nuit , indemnités de licenciement. L’avocat qui a gagné aussi en appel, réclame 130 millions de francs pour le versement des salaires sur cinq ans. Même si Accor a fait un pourvoi en cassation, le groupe devra quand même payer tout de suite les salaires. " Ils n’ont même pas essayé de négocier. De toute façon, ils n’ont pas l’intention de remettre en cause un système qui leur fait gagner énormément d’argent ".